23.04.2008

Coup de coeur des playoffs NBA 2008: Chris Paul

               

Ce début de playoffs 2008 de NBA s'avère particulièrement excitant. LeBron James est étincelant, les Lakers campent finalement, suite à l'intégration réussie de Pau Gasol dans l'équipe de la cité des Anges, un candidat sérieux à la finale de Conférence. San Antonio me paraissait affaibli, le Big Three s'est empressé d'infirmer cette impression, quittant la maison après avoir déjà gagné deux matches dans la série qui l'oppose aux Suns. Ni Kidd à Dallas, ni O'Neal à Phoenix ne paraissent avoir transcendé leur équipe, quand bien même la progression du Big Cactus est redevenue tout à fait substantielle.

Mais aussi et surtout: si l'on excepte Deron Williams, formidable leader des Utah Jazz, puissan, adroit et inspiré, il faut bien dire que le nouveau joyau des meneurs mondiaux est sans conteste Chris Paul.

Un bon observateur du basket français m'avait annoncé, à l'automne, que bientôt Chris Paul dépasserait Tony Parker dont il se voulait l'ami et l'admirateur. Force est de constater qu'un tel pronostic s'est vu largement confirmé, voire dépassé.

Certes, Parker joue sous contrôle à San Antonio, et la production de statistiques (notamment à la passe décisive, dont Parker n'est pas un pourvoyeur aussi conséquent que Paul ou Nash) n'est pas une fin en soi. Il reste néanmoins que Paul, doté à la base, par le travail, d'un shoot à mi-distance moins douteux que celui de Parket, maîtrise désormais, en outre, le fameux tear-drop remis au goût du jour par Navarro en Europe ( la "bomba"!) et par TP aux USA. Même vitesse, même lucidité d'exécution sous le panier: Paul a déjà tout l'arsenal technique de Parker.  

 

                 

 L'âge impressionne. Le bougre est né le 6 mai 1985. Il a mon âge: 22 ans, bientôt 23. Et il est le patron d'une fière armada qui lui obéit au doigt et à l'oeil, obéissance qu'il s'est acquise par la justesse de son jeu et la générosité de ses passes. Cette nuit encore, il me semble que le pivot Tyson Chandler, excellent au demeurant, n'a marqué que sur passe de Chris Paul, en alley-oop, ses 4 paniers. Chandler, donc, au pivot.

Peterson en arrière chevronné, capable d'apporter un peu de scoring.

Stojakovic, sniper ultime, revenu à son meilleur niveau à 3 points (44% en saison régulière, ce qui en fait, sur le volume shooté, un joueur extrêmement rentable).

Et David West, numéro 4 dont le shoot dans le périmètre est une merveille de régularité.

 L'ensemble est beau à voir jouer, sympathique au regard, prolifique, enthousiaste. La maîtrise de Byron Scott, qui avait déjà coaché une équipe à fort meneur - en la personne de... Jason Kidd, à l'époque aux Nets, que Scott est en train de détruire à petit feu depuis le début de la série contre Dallas! -, n'y est pas pour rien.

          

Mais surtout, c'est la vista de Chris Paul qui impressionne. Ce qui en est quantifiable: sur deux matches de play-offs: 33,5 points de moyenne, 64% d'adresse (malgré un fanny à 3 points pour le moment!), 4 rebonds, 13,5 passes décisives, 3,5 interceptions, et seulement 2 balles perdues... Evaluation: 44 de moyenne. Deux cafés et l'addition, s'il vous plaît.

Ce qui en est qualifiable: une rapidité de dribble, une assurance dans le travail de feintes, de prises d'appui, de sélection générale de l'orientation du jeu, de réactivité nourrie par une lecture du jeu parfaite et une belle osmose avec ses lieutenants. L'homme est élégant, alerte, malin, dominant. A l'opposé de ses expressions souvent tristes, concentrées. Une sorte de mini Tim Duncan, si l'on veut.

Cette nuit, j'ai donc exulté en voyant le déluge de points qui s'abattaient sur la maigrelette défense des Mavericks. Jason Kidd n'a jamais été un grand défenseur. Mais quand cela s'ajoute à un adversaire inarrêtable, à de mauvais choix défensifs - le choix de la prise à deux systématique loin du panier, notamment par Dampier en renfort (!) fut à cet égard une erreur majeure de la part d'Avery Johnson, puisque Paul a systématiquement lu ces prises à deux et les a cassées par des passes lobées, ou des dribbles transperceurs entre les deux défenseurs -, et à une inspiration en attaque tout juste correcte pour des hommes de la trempe de Nowitzki, Kidd, Stackhouse, et Terry, cela donne la raclée à laquelle j'ai confortablement assisté sur mon fauteuil il y a quelques heures (127 à 103, les 4 quarts-temps remportés par les Hornets, y compris le garbage time).

Esthétiquement, Chris Paul est une grâce, un don et une élégance à la fois. Centre de gravité très bas (1m83, 79 kg et des appuis parfaits), un premier pas aussi dévastateur que ceux de Devin Harris (seul capable, peut-être, de limiter Paul?), de Tony Parker, une science aboutie du dribble, croisé, dans le dos, en protection, en pénétration, en font une sorte de lutin frénétique d'où émanent, 13 ou 14 fois par matches, des passes gagnantes (autant dire que, sur un match, si l'on compte avec les échecs des coéquipiers, Paul distribue de 20 à 25 caviars potentiels).

Que, donc, on se le dise: les prochaines années seront celles de LeBron James (ce que l'on savait déjà depuis ses magistraux play-offs de l'an dernier, et notamment la finale de conférence où, à lui seul, le King avait terrassé les Pistons) et de Chris Paul, nouveau maestro au pays des stars. 

28.08.2007

Rookie Game 2006

Le week-end All Star Game de la mi-saison a commencé cette nuit sur les chapeaux de roue, par le match opposant les Rookies (joueurs effectuant leur première saison en NBA) aux Sophomores (joueurs de deuxième année). Une fois passée la génération monstrueuse des rookies d'il y a deux ans, celle qui donna à la NBA LeBron James, Carmelo Anthony et bien sûr Dwyane Wade, on pouvait se demander à quoi ressemblerait un match de gala entre les nouveaux loups de la NBA (Bogut, Chris Paul, l'irrésistible Nate Robinson, Charlie Villanueva...mais aussi celui qui régna sur l'Europe du basket pendant trois ans à Barcelone puis au Maccabi Tel Aviv: Sarunas Jasikevicius) et leurs "aînés": Andre Iguodala, l'un des lieutenants d'Allen Iverson à Philadelphie, le monstrueux Dwight Howard, qui mesure en largeur ce que je mesure en hauteur, mais aussi Ben Gordon, Nocioni et Luol Deng de Chicago, TJ Ford...

On ne fut pas déçu du spectacle... à l'arrivée: 106-96 pour les Sophomores, bizutage réussi donc. Précisons que contrairement au match des superstars et aux matches habituels de NBA, la partie s'est disputée en 40 minutes, ce qui indique un excellent débit d'arrosage-scoring. La victoire des joueurs de deuxième année se dessina tranquillement, à grands coups de dunks violemment "pétés" par Iguodala, de trois points subrepticement marqués par le même Iguodala et Ben Gordon, le joueur de money-time de Chicago, et de ballons paumés par des rookies pourtant pétris de talent (7 passes à l'homme invisible rien que pour l'excellent et très académique meneur Chris Paul, presque compensées, d'ailleurs, par 5 interceptions!).

Signalons les coups de coeur de la soirée, qui furent en fait la confirmation de ce que les journaux nous disaient depuis un petit moment:

- Nate Robinson, des Knicks, est une petite boule de muscles montée sur ressorts, qui passe son temps à tchatcher, aussi actif qu'un Linehan quand il le veut. Je le pose d'emblée comme successeur, dans 15 ans, de Charles Barkley dans le rôle de commentateur chambreur à la télé américaine. Irrésistible. 13 points pour lui dans ce match, avec quelques petites finitions démentielles près du panier.

 

-Chris Paul: son avènement consacre, on le souhaite, le retour en NBA d'un certain académisme, non pas au sens d'une sclérose du jeu et d'une stéréotypisation des options offensives, mais au sens bien plus enthousiasmant d'un art du "bien-jouer", d'un sens de la passe et du juste choix. Canal + nous a gratifié d'un long reportage à la mi-temps sur Paul, qui a révélé les qualités de bosseur du garçon, et nous a montré, avec beaucoup de finesse, l'anxiété du joueur dans les jours qui précédèrent la Draft. Paul est un admirateur de Parker, d'ailleurs, et du premier pas ahurissant du meneur français. Autant dire que les années à venir devraient être celle du règne des grands meneurs de jeu et de l'intelligence, comme l'ont montré d'ailleurs les progrès nets depuis quelques années de Chauncey Billups, qui finira peut-être MVP de la saison régulière, et qui est passé du statut de shooteur looser à celui de patron de l'équipe la plus structurée et la plus forte de la ligue à l'heure actuelle. Mon coup de coeur de la soirée fut donc Chris Paul...

- Andrew Bogut: j'ai bien regardé ce joueur, et en fait il en ressort quelque chose de clair: ce mec a copié sa dégaine sur Laurent Foirest. Aucune originalité. Par contre, il a pondu tranquillement son petit double-double de la soirée (14 points et 11 rebonds), montré quelques bons mouvements et une mentalité de gagneur qui devrait le porter très, très haut dans les années à venir.

-Charlie Villanueva: 18 points, 12 rebonds: le rookie de Toronto a confirmé tout le bien que l'on pensait déjà de lui. Zéro poil, mais que de talent pour le jeune intérieur: une certaine adresse, de la combativité... à revoir.

- pour les sophomores, on a bien entendu apprécié l'adresse à trois points de Ben Gordon (17 points, à 7/11 dont 3/4 à trois points), la vitesse de Devin Harris de Dallas... et la performance physique et technique remarquable d'Andre Iguodala, qui semble profiter de ce all star week-end texan pour évacuer ses frustrations de club (il n'y est sans doute pas aussi dominateur que sa qualité pure pourrait pourtant le laisser espérer). En une phrase: Iguodala a fait 9/11 au dunk et 4/6 à trois-points. Il fut élu logiquement MVP (meilleur joueur à l'impact statistique de l'équipe victorieuse) de la rencontre, montra la puissance sauvage avec laquelle il est capable d'attaquer les cercles, mais aussi une adresse à trois points que l'on trouve pourtant assez rarement chez les dunkeurs fous.

Si l'on devait donc garder quelques enseignements de ce type de match, pourtant organisé par amour du spectacle (et de l'argent, ne soyons pas naïfs) par la NBA, on pourrait mentionner les habituelles qualités athlétiques des nouvelles générations de basketteurs, toujours mieux mises en avant par les télévisions, par un développement de la culture du dunk (exemple français de la Slam Nation, équipe itinérante de dunkeurs professionnels), mais aussi un retour des joueurs cérébraux, du beau jeu, de l'envie de faire jouer plus que de briller soi-même à tout prix. Le match des All-Stars est annoncé de longue date comme le show mondial de Kobe, qui voudra sans doute y briller comme jamais. Mais il faudra peut-être le plus grand de tous les solistes actuels, le "mamba", pour tenter de faire oublier, le temps d'une soirée, que la vraie puissance en NBA, aujourd'hui, est dans les mains des Pistons (4 joueurs de leur cinq majeur retenus pour le all star game!), et de meneurs formés à l'européenne, comme Parker ou son admirateur et frère spirituel dans le jeu Chris Paul...

(pour voir la tête des joueurs dont je viens de parler, je vous invite à vous reporter aux albums photos consacrés au basket sur le blog...)