28.08.2007
Mondial Basket 2006: Liban 74 - France 73
Depuis samedi a lieu au Japon le championnat du monde de Basketball 2006. Il réunit, dans des salles nippones incroyablement vides et silencieuses, la quasi-totalité des meilleures équipes de basket au monde, parmi lesquelles l'Argentine, championne olympique en titre, les Etats-Unis, surprenants d'application et de rigueur défensive lors des premiers matches de cette édition, la Grèce et bien d'autres. La France devait affronter en poule cinq équipes aux profils très divers: l'Argentine et son jeu léché, rapide, magnifique, transfiguré lors du premier match de la France par la patte d'Emmanuel Ginobili (80-70 pour l'Argentine au final), la Serbie, franchement décevante et incapable de présenter sur le parquet son bataillon de superstars, si ce n'est Igor Rakocevic, irréprochable depuis le début de la compétition, et Darko Milicic, le Nigéria, véritable machine musculaire à lutter sous les paniers, menée par Ime Udoka, et enfin les soi-disants petits poucets du groupe: le Liban et le Vénézuela. Le Liban a connu une préparation chaotique, cet été. Obligée de partir s'entraîner en Jordanie, cette équipe de joueurs talentueux jouant, pour la plupart, dans le championnat libanais, passait parfois plus de temps à se renseigner sur les familles des joueurs et l'état du pays soumis aux bombardements intenses de Tsahal, qu'à s'entraîner sur les parquets. Hier, les libanais, après avoir gagné contre le Venezuela puis lourdement perdu contre l'Argentine et la Serbie, avaient préféré annuler une séance d'entraînement pour faire du shopping. C'était jeter l'éponge avant même d'être monté sur le ring, et c'était aussi, de la part des joueurs du pays du Cèdre, sous-estimer leur propre niveau de jeu, et les faiblesses françaises...
Il y avait depuis le début de ce Mondial beaucoup de présomption dans le camp tricolore. Il semblait acquis pour tout le monde qu'après une fort honorable défaite tricolore contre les Argentins, réputés « imprenables » (mais j'attends encore de voir les hommes de Ginobili face à une équipe américaine bien meilleure que lors des dernières compétitions internationales), et un match difficile contre la Serbie, la France déroulerait son jeu, sa puissance physique et triompherait sans souci du Nigéria et du Liban. La situation s'est révélée bien plus compliquée, dans les faits. Il a fallu un nombre incalculable de paniers près du cercle manqués par les Nigérians pour que la France gagne avec un matelas apparemment confortable d'une dizaine de points. La faillite de nos shooteurs, à l'exception peut-être de Mamoutou Diarra, adroit et très présent, malgré son rappel en catastrophe dans l'équipe (après la blessure de Tony Parker, Diarra a été invité à repartir de Chalon pour retrouver les salles nipponnes), cette faillite semble délicate à corriger. Foirest ne retrouve pas la petite sensation qui différencie le tir réussi du simple shoot approximatif, Gomis tarde à se mettre en route, et Gelabale est encore inconstant.
Ces jours derniers, les joueurs du Liban étaient tellement heureux de jouer contre la France qu'ils ont demandé aux joueurs tricolores des autographes et ont pris des photos avec eux. De plus en plus, une fausse note s'entendait, toujours plus discordante, qui allait précipiter le jeu des Bleus dans la plus stridente des cacophonies.
Si la France débute très correctement son match, grâce à la présence de Fredéric Weis au rebond et au scoring, les faiblesses ne tardent pas à être entrevues: la France laisse Fadi El-Khatib marquer des paniers de raccroc, le Liban est opportuniste et parvient, malgré le déficit physique affiché face aux Bleus, à exister dans le match. Les shooteurs bleus déjouent (3/24 au total dans le match, à trois points), et l'activité de Florent Piétrus, exceptionnel au milieu de ses partenaires médiocres, ne suffit guère à revenir au score. A la mi-temps, l'addition est lourde: 43-30 pour l'équipe du tigre du Liban, El-Khatib. Vogel, Samaha, Fahed, Beshara Feghali complètent, au rebond et au score, l'activité incessante de leur coéquipier emblématique. Cet El-Khatib, déjà auteur de 35 points contre le Vénézuela lors de la première victoire libanaise dans ce Mondial, est un seigneur. Il tente tout, suit ses ballons, utilise sa phénoménale puissance pour aller enfoncer les intérieurs français, marque sous le panier, shoote, ne tremble pas aux lancers-francs (8/9 sur l'ensemble du match). Pour tout dire: il fascine. Ce n'est finalement pas à tort qu'on l'a proclamé deuxième meilleur joueur d'Asie, juste derrière un certain... Yao Ming, et il n'est pas étonnant qu'El-Khatib ait été drafté en NBA, même s'il n'y est pas (encore?) allé.
En deuxième mi-temps, ce n'est que par intermittences, et toujours dans le sillage de Florent Piétrus, réellement excellent, que la France fait parler son potentiel physique, se perdant, le reste du temps, dans des options de tirs lointains. Si les tirs étaient bel et bien ouverts, était-il néanmoins raisonnable de continuer à arroser ainsi, espérant que, par miracle, l'adresse de Laurent Foirest reviendrait? Le décalage de Diaw à l'aile n'a pas non plus semblé probant, puisque cela a mené le joueur de Phénix, d'habitude plus que convaincant dans un rôle d'ailier-fort, à prendre des shoots à trois points qu'il n'a pas convertis en paniers.
Les Libanais subissent, mais tiennent bon, grâce aux lancers-francs, quelques paniers à trois points et finitions près du cercle permettant de rester dans le match. Ce n'est que très tard dans le quatrième quart temps que la France mène à nouveau au score, mais elle laisse coupablement El-Khatib, intenable, continuer à provoquer et à marquer. Le tigre de Beyrouth produit beaucoup de jeu,
il a du déchet, mais le pari de la carte blanche qui lui est laissée finira par payer.
À la 39ème minute du match, Diaw prend le match en main et marque quatre points; la France égalise à 68 partout. Mais le Liban ne peut plus perdre, et score à trois points. Après quatre-lancers francs des Bleus, c'est l'intérieur Joseph Vogel, sorte de Matt Geiger libanais, qui marque et obtient un lancer de bonification. Un ultime tir à trois-points de Laurent Foirest n'y change rien, et il faut alors bel et bien admettre que le cataclysme a eu lieu: le Liban l'emporte sur la France 74-73...
Félicitations aux joueurs libanais, voilà ce que tout le monde a envie de dire, en délaissant notre habituel chauvinisme. Et félicitations à ce diable d'El-Khatib, qui a subi la défense de nos meilleurs chiens de garde (Gelabale, Mickaël Piétrus), mais est parvenu à produire une énorme prestation offensive – 29 points au total. Il semble que le Liban soit encore une fois une bénédiction pour la France. Car n'ayons pas peur de le dire: si cette équipe de France est réellement moins forte qu'on ne le pensait, c'est peut-être une bonne chose que ce soient nos amis libanais, et non pas par exemple les Etats-Unis ou le cauchemar grec, qui nous le montrent dans le jeu. Et si la France, dans l'hypothèse contraire, a encore de belles choses à réaliser dans ce championnat du monde, c'est la traversée d'une épreuve comme cette défaite qui permettra au groupe de se souder et d'emmagasiner ce fameux « vécu » qu'on ne cesse d'exiger des joueurs sans toujours leur donner le temps de l'acquérir, ni le reconnaître quand il est bien là (ainsi de ces journalistes qui ont pu dire que Belgrade 2005 est un « début » de vécu commun pour le groupe... j'y voyais déjà, pour ma part, une forme d'accomplissement).
Je vous dispenserai, pour finir, des corrélations entre sport et politique que l'on s'empressera de signaler à propos de ce match, et je préfère saluer l'orgueil de ces hommes libanais, et leur talent, étant bien convaincu qu'un tel match n'aurait jamais pu être gagné par les Libanais s'ils n'avaient montré, outre leur coeur immense, leur technique et leur culture tactique.
Les marqueurs de la rencontre:
LIBAN: Fahed: 10 pts; Abdel-Nour: 2 pts; El-Khatib: 29 pts; Beshara-Feghali: 11 pts; Vogel: 9 pts; Tawbe 2 pts; Samaha 7 pts.
FRANCE: Bokolo 3 pts; Gelabale 8 pts; Diaw 13 pts; F. Pietrus: 13 pts; Weis: 10 pts; Gomis: 8 pts; M. Pietrus: 2 pts; Diarra: 8 pts; Foirest: 8 pts; Petro: 2 pts.
19:36 Publié dans Basket Ball | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Basket Ball, Championnats du monde, Fadi El Khatib, Liban, Boris Diaw
The French Connection
Deuxième triple double pour Boris Diaw. Une performance de choix sur le parquet des Mavericks, puisque le français compile 24 points, en plus de ses 10 passes décisives et rebonds captés cette nuit là. Affolant de réussite, bougrement altruiste, toujours au service de ses partenaires, présent en défense comme en attestent ses deux contres de la veille, Bobo est en ce moment sur son nuage…Les futurs adversaires des Suns sont prévenus, ils auront sans doute à faire face à la meilleure formation actuelle de la ligue, basée sur un collectif sans faille, efficace défensivement, d’une adresse stupéfiante derrière l’arc, pratiquant un jeu alléchant et spectaculaire…Et cela sans son cador Amare Stoudemire, toujours sur le flanc, mais qui n’a pas l’air de manquer tant que ça à la rotation de l’effectif des Suns, preuve en est l’excellente série en court (11v), et un bilan plus que flatteur (42v/17d), qui permet aux joueurs de l’Arizona de venir titiller les Spurs et les Mavericks, toujours au sommet de la conférence Ouest. Espérons que le retour aux affaires du rookie de l’année 2003 ne déséquilibrera point la belle alchimie qui règne dans l’effectif de Boris Diaw et Steve Nash (Webber, longtemps blessé, avait fait plus de tord que de bien aux Kings lors de son retour en 2003), et qui, pour le moment, survie à l’arrivée de Tim Thomas, un ailier scoreur récemment coupé par les Bulls, qui s’est intégré dans la rotation déjà fort bien garnie des Suns. Bref, Boris est aux anges, bien loin de sa quasi-cauchemardesque arrivée dans la ligue, au sein des Hawks d’Atlanta, une équipe où on ne lui avait tout simplement pas laissé sa chance…Mais d’Antoni, qui a coaché plusieurs clubs prestigieux en Europe, dont le Benetton Trevise, n’a pas tardé a déceler les qualités du basketteur tricolore, désormais surnommé 3D par la presse américaine, et lui fait aujourd’hui totalement confiance, lui octroyant régulièrement le plus gros temps de jeu de l’effectif.
Les performances du français de Phoenix, par ailleurs grand favori pour le titre du ‘Most Improved Player’, nous feraient presque oublier que le néo-Allstar Tony Parker continue sur sa lancée, enchaînant les bonnes performances au profit d’une équipe de San Antonio qui se rapproche de plus en plus de la première place de la ligue, trustée il n’y a pas si longtemps par les Pistons de Detroit, qui commencent à s’essouffler un peu, comme en attestent leurs récentes défaites face au Nuggets et aux surprenant Lakers d’un soir. Avec un Duncan légèrement en retrait cette saison, et un Ginobili abonné à l’infirmerie, le meneur français s’affirme comme le fer de lance de l’attaque texane, que ce soit par ses drives dévastateurs où ses caviars finement distillés, lorsqu’il n’enquille pas les shoots à mi-distance…Dores et déjà qualifiés pour les play-offs, les Spurs pourront compter sur l’expérience des Horry, Finley, Van Exel et Barry pour faire la différence lors des phases finales, la présence des vétérans constituant un avantage non négligeable face à la jeunesse des effectifs de Phoenix et Dallas, les deux principaux rivaux des texans dans la conférence Ouest.
Si Diaw et Parker s’éclatent dans leur franchise, il n’en est pas de même pour Mickael Pietrus, qui peine à revenir à son meilleur niveau depuis la blessure qui l’aura tenu éloigné des parquets plus d’un mois. Incapable depuis quelques semaines de relever le niveau d’une équipe de Golden State pourtant prometteuse en début de saison, l’ancien palois a vu son adresse chuter vertigineusement, à l’instar de son temps de jeu, puisque Pietrus est abonné au « Did Not Play » lors des deux dernières rencontres. On espère que le français saura regagner la confiance de son coach, et retrouver ses qualités offensives et défensives, qui lui avaient permis d’intégrer le cinq majeur avant cette maudite entorse du genou. Actuellement 13èmes de la conférence Ouest (25v/34d), les Warriors ont sans doute laissé passer leur dernière chance de participer aux play-offs, une nouvelle fois. L’histoire se répète pour l’équipe d’Oakland, d’une irrégularité décevante cette année, et ce malgré le renfort de Baron Davis, qui avait largement dynamisé l’attaque des californiens en fin de saison dernière.
Le fraîchement drafté Petro poursuit, de son côté, le difficile apprentissage du basket NBA dans l’effectif des Sonics, profitant d’un temps de jeu honorable, qui lui permet de réaliser quelques bonnes performances (12 points, 6 rebonds face à New Orleans le 01/03/06), et de gagner la confiance de son coach Bob Hill. Grand pivot athlétique (tonique quelque fois, si, si.. !) et défenseur correct, Petro devra tout de même s’acheter des mains fiables pour espérer un jour rivaliser avec les cadors des raquettes adverses. Mais la marge de progression du français reste fortement intéressante, et il l’a démontré, intégrant par moment le cinq majeur (preuve que l’effectif des Sonics, remanié avec l’arrivée de Earl Watson et Chris Wilcox, se cherche encore) au dépend du filiforme rouquin acnéique Robert Swift, son concurrent direct au poste d’intérieur. A terme, le guadeloupéen pourrait devenir une pièce maîtresse du roster de Seattle, qui manque cruellement d’un pivot de talent pour seconder Allen et Lewis au scoring, et d’une présence dissuasive dans la raquette. C’est tout le bien qu’on lui souhaite.
Dernier arrivé dans la ligue, Ronny Turiaf a fait ses grands débuts avec les Lakers de LA, orphelins d’un renfort de taille -et de poids- dans la raquette depuis le départ de Big Shaq Daddy à Miami. Après une entrée en matière plus que discrète (2 points en 3 rencontres), Turiaf a prouvé cette semaine qu’il pouvait être utile à la franchise californienne, en scorant 10 points contre Orlando en 13 minutes de jeu seulement, réalisant son meilleur total de la saison. Massif, trapus, bien campé sur ses deux jambes ( !), le martiniquais semble taillé pour le jeu physique de la NBA, à condition qu’il travaille son shoot, et surtout qu’il évite les pépins physiques qui ont miné la carrière de pas mal de pivots pourtant prometteurs. Mais Turiaf, enthousiaste, veut du temps de jeu, veut progresser, et il y met du cœur, n’hésitant pas à s’égosiller sur le banc pour encourager un Kobe titanesque le 22 janvier dernier. Espérons qu’il réussira à déboulonner Chris Mihm du poste de pivot titulaires des Angelinos, et à apporter sa fougue et son énergie au « collectif » des Lakers. Et il y a moyen…
Vous l’aurez compris, la génération des Parker, Diaw, Pietrus et compagnie est en plein essor dans la ligue Nord-Américaine. Et la marge de progression des tricolores semble énorme, comme l’a brillamment démontré Bobo « 3D », ou TP qui explose les compteurs cette saison. Si les intérieurs mettent en général plus de temps à s’imposer et à briller en NBA, il y a cependant de grandes chances pour que Petro et Turiaf connaissent dans un proche avenir les joies du cinq majeur à plein-temps, confirmant ainsi la qualité des centres de formation à la française (Turiaf est le seul à avoir choisi la NCAA, avec Gonzaga, mais il a été formé à l’INSEP). Il est bien loin le temps où, Moïso et TAW s’essouflant en NBA, le meilleur joueur français de l’époque, à savoir Antoine Rigaudeau, tentait sans succès l’aventure américaine à Dallas, se heurtant à une différence de rythme et de niveau de jeu trop importante pour un joueur de son âge, malgré ses innombrables qualités. Oubliée la catastrophique summer ligue de Fred Weis en 2000, qui aurait du rejoindre des Knicks encore vaillants à cette époque. Désormais, la mode est aux « Frenchies », et ceux-ci ne cessent de prouver qu’ils ont leur place dans la grande ligue. La NBA fait désormais les yeux doux à Mickael Gelabale, et si la volonté de rejoindre Parker et consorts lui à récemment coûté sa place au sein de l’effectif de Madrid, on est quasiment sûr de retrouver l’ancien joueur de Cholet dans une franchise américaine la saison prochaine…L’invasion ne fait que commencer…Buddy Holy
18:56 Publié dans Basket Ball | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Basket Ball, NBA, Tony Parker, Boris Diaw, Antoine Rigaudeau
NBA 2005-2006: Premier Bilan
Premier bilan (par Buddy Holy)
Le Monde De La NBA est en ébullition. L’évènement majeur du basket américain avec les ultimes « Finals », à savoir le All-Star Game, approche à grands pas. La ville de Houston va recevoir le gratin d’Hollywood, la fine perle des rappeurs US (Fifty, Jay-Z, et Jean pass…), et les blondes platines des industriels américains, tous au premier rang. Ce break salvateur symbolise également le milieu de la saison régulière, l’heure de tirer les enseignements de cette première partie d’exercice 2005-2006.
A l’ouest, rien de nouveau (ou presque)
A l’Est, deux arguments de poids : Shaq et Les Pistons
35 victoires, 6 défaites. Un bilan ahurissant pour des Pistons libérés en attaque depuis l’arrivée en provenance du Minnesota de Flip Saunders, et qui réalisent le meilleur départ de la franchise toutes générations confondues. Portés par un Billups au sommet de sa forme, les faciles vainqueurs à deux reprises des Spurs sont en toute logique les grands favoris pour la (re)conquête du titre qui leur avait échappé l’année dernière. Miami, deuxième bilan à l’Est avec 29 victoires pour 18 défaites, et qui vient de subir une passation de pouvoir avec la reprise en main de la franchise par son mentor, le gominé Pat Riley, se dirige assez facilement vers les playoffs, pour lesquels elle a été formaté, avec notamment les arrivées de Jason Williams, Gary Payton, James Posey, et de l’inénarrable Antoine Walker…Portés par un Shaq sans doute moins dominant mais toujours imposant dans la raquette, et par Dwyane Wade, qui poursuit son ascension fulgurante au sommet de la planète basket, le Heat possède six longueurs d’avance sur les Nets de New-Jersey, heureux leaders de la faible division Atlantic. La bonne surprise de cette première moitié de saison, c’est la bonne tenue des Cavs de Cleveland, portés par un Lebron James époustouflant dans tous les compartiments du jeu, qui mérite plus que jamais sa place au All-Star Game. On aurait juste aimé le voir participer au concours de Dunks, mais quand la star refuse…Autre prétendant aux playoffs, les Sixers de Webber et Iverson se montrent plutôt fébriles, incapables d’aligner 3 victoires de suite…mais le génie sacrificiel d’AI (quelle belle expression Bruno…!) et le talent de Webber devraient suffire pour jouer les prolongations. Petite déception dans l’Indiana, les Pacers présentant un bilan tout juste équilibré à la mi-saison (22v/22d)…on verra si l’arrivée de la gâchette Serbe Stojakovic pourra faire oublier l’intensité défensive de Ron Artest, parti bronzer en Californie, et la fragile condition physique du talentueux Jermaine O’Neal. Pas de changement notoires parmi les cancres de la ligue, à savoir New York, qui malgré l’arrivée de Larry Brown au poste de coach, reste lourdement handicapée par la masse salariale exorbitante du club et l’égo surdimensionné du conflictuel meneur Stephon Marbury, Atlanta qui a laissé filer Diaw (on s’en réjouit), les Bobcats de Charlotte pas aidés par la blessure de leur pilier Okafor (11v/36d), les Raptors de Toronto à la ramasse défensivement, les décevants Celtics de Boston (pas sûr que l’arrivée de Szczerbiak fasse rayonner la franchise du Massachusetts), et les Magics du toujours blessé Grant Hill. Bref, si la lutte pour les playoffs s’annonce rude pour Washington, Philadelphie, Indiana et Chicago, on peut être sûr d’y retrouver les cadors de la conférence Ouest, Detroit, Miami, et très certainement Cleveland…
Buddy Holy
Je vous annonce l'arrivée à la rédaction de la rubrique basket (et du reste, si ça le chante, une rubrique anatomie est en cours de conception, d'ailleurs) de Buddy Holy, noctambule, statisticien, et aussi bon en jeu de mots que son frère... Je lui laisse le soin de se présenter plus longuement à vous, lecteurs, lors de ses prochains envois, et bien sûr de mettre une ou deux photos de lui en action sur un playground, dans l'album consacré aux superstars NBA. Heureux de collaborer avec toi, Buddy, sauf si tu continues à dire que les Pistons seront champions cette année.
Bruno
17:51 Publié dans Basket Ball | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Basket Ball, NBA, Kobe Bryant, Boris Diaw, Ron Artest, Allen Iverson
Boris Diaw, ou le basket total
Je ne serai pas original dans cet article: je vais porter aux nues Boris Diaw-Riffiod. Ce qui motive une telle emphase, c'est le premier triple-double de l'histoire pour un Français en NBA: 14 points (à 50% au shoot), 11 rebonds, et surtout 13 passes décisives, pour un joueur qui n'est pas un pur meneur de jeu...
On est loin des 81 points de Kobe (qui vient d'en remettre 40 cette nuit, ce qui laisse penser que son niveau de jeu a chuté de 50% en quelques jours!), mais justement c'est ce que l'on souhaite. Être loin de la monstruosité, de la mentalité shootovore des NBAers, et voir se développer sur un terrain toute la gamme des beaux gestes.
La statistique qui effraie, dans le cas de Kobe, c'est qu'il a plus shooté qu'il n'a passé la balle à ses coéquipiers. 29 passes à ses partenaires dans le match, 46 shoots. Où est le basket là-dedans? Diaw est peut-être son exact opposé. Longtemps, on a reproché à Diaw son manque de voracité face au panier, on l'a catalogué "planqué du shoot" parce qu'il préférait faire la passe... Si de telles critiques n'ont plus lieu d'être aujourd'hui (Diaw a déjà passé la barre symbolique des 30 points en un match, ce qui montre bien qu'il a des qualités d'attaque bien supérieures à la moyenne), Diaw a su rester toutefois imperméable à la mentalité américaine du shooteur, du bouffeur, du consommateur. Les fondamentaux qui lui furent jadis enseignés par le centre fédéral, puis à Pau-Orthez par Claude Bergeaud, n'ont pas été mis entre parenthèses.
Quiconque décide un jour de prendre quelques cours de basket commence par apprendre la notion de "bon choix", éminemment préférable au "mauvais choix". le bon choix consiste à obéir à l'alternative suivante avec logique: "si je suis seul, je vais au panier; si je suis défendu, je passe la balle à un partenaire démarqué". Diaw, c'est le bon choix en acte. Il joue juste, il prend des rebonds, il défend bien, et il "prend ce qu'on lui donne en attaque". C'est l'anti-Kobe, l'anti-Antoine Walker. Diaw a compris, mieux que d'autres, que pour allumer des incendies dans les défenses adverses, la meilleure solution n'est pas forcément d'arroser l'arceau adverse.
Mais aucun fan de l'équipe de France de septembre 2005 n'a oublié ce mélange de grâce, de puissance et d'intelligence avec lequel Diaw partait en drive côté droit, sur jeu placé, mettre son petit lay-up pour assurer le scoring français. Diaw avait d'ailleurs fini leader statistique du groupe France médaillé de bronze au championnat d'Europe de Belgrade, et figurait dans le cinq majeur de la compétition, à côté d'un certain Dirk Nowitzki... A la base de tout cela, il y a une lecture des systèmes défensifs adverses, et donc une qualité et une vitesse de compréhension exceptionnelles.
Diaw incarne plus le basket que Kobe: dire cela, ce n'est pas fustiger un système NBA qui a engendré volontairement ses propres monstres, qui a désiré ardemment, à grands coups de billets verts, la démesure qui est aujourd'hui la norme sur les parquets d'Amérique. Ce n'est pas jouer les peine-à-jouir franchouillards, ni porter un jugement de valeur sur la personnalité de Kobe. Personnellement, et conformément à ce que disait Buddy Holy (que je vais sans doute recruter à la rédaction basket de Systar, s'il continue à m'envoyer des commentaires comme ça...), je pense que les Lakers de cette année comportent trois personnes: un très grand coach, Kobe, et un très bon joueur de NBA: Odom. Et le reste, ce sont des joueurs qui n'ont pas (encore) prouvé qu'ils étaient vraiment au niveau. Ce qui m'incite à soutenir que je préfère 81 points de Kobe que 70 points des autres sans ce même Kobe...
Toutefois, quelle est la nature du plaisir ressenti par tout amateur sur un terrain de basket.? Il ne consiste certainement pas à regarder l'un des cinq joueurs marquer tous les points et réduire tout le destin de l'équipe à sa performance strictement individuelle. Donner un ballon, c'est toujours espérer le recevoir un peu après; prendre un shoot revient à profiter d'une situation, non à refuser a priori toute qualité d'attaque à ses propres partenaires. Voilà pourquoi le basket est un sport à systèmes, où il s'agit de créer des situations par le collectif, pour ne pas avoir à créer de shoot par le seul individu. Kobe court-circuite les systèmes, Boris Diaw les crée et les porte à un degré de perfection stupéfiant. La différence réside dans la qualité intrinsèque des joueurs, sans doute: Boris n'a peut-être pas la panoplie technique complète de Kobe en attaque. Mais Kobe sait-il jouer autrement qu'en triangle? Comment réagira-t-il avec le team USA si l'attaque de l'armada américaine ne repose pas exclusivement sur ses épaules? Boris est aussi beaucoup plus polyvalent. Qui imagine Kobe capable de maintenir Yao Ming (2,26 m) sous la barre des 10 points, ce qu'a réussi Boris Diaw? Kobe est arrière, et épisodiquement meneur. Boris occupe tous les postes de 1 à 4: meneur, arrière, ailier, ailier-fort, avec la même réussite. C'est ce qui explique ses statistiques de cette nuit: il score comme un joueur NBA de bon niveau, il passe comme un excellent meneur, et il prend du rebond comme le font des Duncan, des Garnett, voire Marion, son propre coéquipier et titulaire du poste 4 aux Suns de Phoenix.
Je ne pouvais clore cet article sans rappeler l'ironie qui présida aux premières années en NBA de Boris Diaw, "victime" de sa trop grande polyvalence aux yeux de son coach à Atlanta, qui ne savait pas "où le faire jouer". Il a fallu une monumentale erreur des dirigeants d'Atlanta (qui placèrent tous leurs espoirs dans la venue de Joe Johnson, qui sans être mauvais, n'est pas franchement un MVP potentiel) pour que Mike d'Antoni ait tout le loisir d'utiliser Diaw, à Phoenix, là où il doit être, c'est-à-dire: partout sur le terrain où il y aura besoin d'intelligence, de vitesse et de rigueur. Et pour les plus nostalgiques, je vous laisse sur un dernier shoot de Boris sous le maillot des Hawks d'Atlanta... 
17:39 Publié dans Basket Ball | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Basket Ball, NBA, Boris Diaw, Phoenix Suns