28.08.2007

The French Connection

Deuxième triple double pour Boris Diaw. Une performance de choix sur le parquet des Mavericks, puisque le français compile 24 points, en plus de ses 10 passes décisives et rebonds captés cette nuit là. Affolant de réussite, bougrement altruiste, toujours au service de ses partenaires, présent en défense comme en attestent ses deux contres de la veille, Bobo est en ce moment sur son nuage…Les futurs adversaires des Suns sont prévenus, ils auront sans doute à faire face à la meilleure formation actuelle de la ligue, basée sur un collectif sans faille, efficace défensivement, d’une adresse stupéfiante derrière l’arc, pratiquant un jeu alléchant et spectaculaire…Et cela sans son cador Amare Stoudemire, toujours sur le flanc, mais qui n’a pas l’air de manquer tant que ça à la rotation de l’effectif des Suns, preuve en est l’excellente série en court (11v), et un bilan plus que flatteur (42v/17d), qui permet aux joueurs de l’Arizona de venir titiller les Spurs et les Mavericks, toujours au sommet de la conférence Ouest. Espérons que le retour aux affaires du rookie de l’année 2003 ne déséquilibrera point la belle alchimie qui règne dans l’effectif de Boris Diaw et Steve Nash (Webber, longtemps blessé, avait fait plus de tord que de bien aux Kings lors de son retour en 2003), et qui, pour le moment, survie à l’arrivée de Tim Thomas, un ailier scoreur récemment coupé par les Bulls, qui s’est intégré dans la rotation déjà fort bien garnie des Suns. Bref, Boris est aux anges, bien loin de sa quasi-cauchemardesque arrivée dans la ligue, au sein des Hawks d’Atlanta, une équipe où on ne lui avait tout simplement pas laissé sa chance…Mais d’Antoni, qui a coaché plusieurs clubs prestigieux en Europe, dont le Benetton Trevise, n’a pas tardé a déceler les qualités du basketteur tricolore, désormais surnommé 3D par la presse américaine, et lui fait aujourd’hui totalement confiance, lui octroyant régulièrement le plus gros temps de jeu de l’effectif.
 
Les performances du français de Phoenix, par ailleurs grand favori pour le titre du ‘Most Improved Player’, nous feraient presque oublier que le néo-Allstar Tony Parker continue sur sa lancée, enchaînant les bonnes performances au profit d’une équipe de San Antonio qui se rapproche de plus en plus de la première place de la ligue, trustée il n’y a pas si longtemps par les Pistons de Detroit, qui commencent à s’essouffler un peu, comme en attestent leurs récentes défaites face au Nuggets et aux surprenant Lakers d’un soir.  Avec un Duncan légèrement en retrait cette saison, et un Ginobili abonné à l’infirmerie, le meneur français s’affirme comme le fer de lance de l’attaque texane, que ce soit par ses drives dévastateurs où ses caviars finement distillés, lorsqu’il n’enquille pas les shoots à mi-distance…Dores et déjà qualifiés pour les play-offs, les Spurs pourront compter sur l’expérience des Horry, Finley, Van Exel et Barry pour faire la différence lors des phases finales, la présence des vétérans constituant un avantage non négligeable face à la jeunesse des effectifs de Phoenix et Dallas, les deux principaux rivaux des texans dans la conférence Ouest.
 
Si Diaw et Parker s’éclatent dans leur franchise, il n’en est pas de même pour Mickael Pietrus, qui peine à revenir à son meilleur niveau depuis la blessure qui l’aura tenu éloigné des parquets plus d’un mois. Incapable depuis quelques semaines de relever le niveau d’une équipe de Golden State pourtant prometteuse en début de saison, l’ancien palois a vu son adresse chuter vertigineusement, à l’instar de son temps de jeu, puisque Pietrus est abonné au « Did Not Play » lors des deux dernières rencontres. On espère que le français saura regagner la confiance de son coach, et retrouver ses qualités offensives et défensives, qui lui avaient permis d’intégrer le cinq majeur avant cette maudite entorse du genou. Actuellement 13èmes de la conférence Ouest (25v/34d), les Warriors ont sans doute laissé passer leur dernière chance de participer aux play-offs, une nouvelle fois. L’histoire se répète pour l’équipe d’Oakland, d’une irrégularité décevante cette année, et ce malgré le renfort de Baron Davis, qui avait largement dynamisé l’attaque des californiens en fin de saison dernière.
 
 Le fraîchement drafté Petro poursuit, de son côté, le difficile apprentissage du basket NBA dans l’effectif des Sonics, profitant d’un temps de jeu honorable, qui lui permet de réaliser quelques bonnes performances (12 points, 6 rebonds face à New Orleans le 01/03/06), et de gagner la confiance de son coach Bob Hill. Grand pivot athlétique (tonique quelque fois, si, si.. !) et défenseur correct, Petro devra tout de même s’acheter des mains fiables pour espérer un jour rivaliser avec les cadors des raquettes adverses. Mais la marge de progression du français reste fortement intéressante, et il l’a démontré, intégrant par moment le cinq majeur (preuve que l’effectif des Sonics, remanié avec l’arrivée de Earl Watson et Chris Wilcox, se cherche encore) au dépend du filiforme rouquin acnéique Robert Swift, son concurrent direct au poste d’intérieur. A terme, le guadeloupéen pourrait devenir une pièce maîtresse du roster de Seattle, qui manque cruellement d’un pivot de talent pour seconder Allen et Lewis au scoring, et d’une présence dissuasive dans la raquette. C’est tout le bien qu’on lui souhaite.
 
Dernier arrivé dans la ligue, Ronny Turiaf a fait ses grands débuts avec les Lakers de LA, orphelins d’un renfort de taille -et de poids- dans la raquette depuis le départ de Big Shaq Daddy à Miami. Après une entrée en matière plus que discrète (2 points en 3 rencontres), Turiaf a prouvé cette semaine qu’il pouvait être utile à la franchise californienne, en scorant 10 points contre Orlando en 13 minutes de jeu seulement, réalisant son meilleur total de la saison. Massif, trapus, bien campé sur ses deux jambes ( !), le martiniquais semble taillé pour le jeu physique de la NBA, à condition qu’il travaille son shoot, et surtout qu’il évite les pépins physiques qui ont miné la carrière de pas mal de pivots pourtant prometteurs. Mais Turiaf, enthousiaste, veut du temps de jeu, veut progresser, et il y met du cœur, n’hésitant pas à s’égosiller sur le banc pour encourager un Kobe titanesque le 22 janvier dernier. Espérons qu’il réussira à déboulonner Chris Mihm du poste de pivot titulaires des Angelinos, et à apporter sa fougue et son énergie au « collectif » des Lakers. Et il y a moyen…
 
Vous l’aurez compris, la génération des Parker, Diaw, Pietrus et compagnie est en plein essor dans la ligue Nord-Américaine. Et la marge de progression des tricolores semble énorme, comme l’a brillamment démontré Bobo « 3D », ou TP qui explose les compteurs cette saison. Si les intérieurs mettent en général plus de temps à s’imposer et à briller en NBA, il y a cependant de grandes chances pour que Petro et Turiaf connaissent dans un proche avenir les joies du cinq majeur à plein-temps, confirmant ainsi la qualité des centres de formation à la française (Turiaf est le seul à avoir choisi la NCAA, avec Gonzaga, mais il a été formé à l’INSEP). Il est bien loin le temps où, Moïso et TAW s’essouflant en NBA, le meilleur joueur français de l’époque, à savoir Antoine Rigaudeau, tentait sans succès l’aventure américaine à Dallas, se heurtant à une différence de rythme et de niveau de jeu trop importante pour un joueur de son âge, malgré ses innombrables qualités. Oubliée la catastrophique summer ligue de Fred Weis en 2000, qui aurait du rejoindre des Knicks encore vaillants à cette époque. Désormais, la mode est aux « Frenchies », et ceux-ci ne cessent de prouver qu’ils ont leur place dans la grande ligue. La NBA fait désormais les yeux doux à Mickael Gelabale, et si la volonté de rejoindre Parker et consorts lui à récemment coûté sa place au sein de l’effectif de Madrid, on est quasiment sûr de retrouver l’ancien joueur de Cholet dans une franchise américaine la saison prochaine…L’invasion ne fait que commencer…
 
Buddy Holy