28.08.2007

Rookie Game 2006

Le week-end All Star Game de la mi-saison a commencé cette nuit sur les chapeaux de roue, par le match opposant les Rookies (joueurs effectuant leur première saison en NBA) aux Sophomores (joueurs de deuxième année). Une fois passée la génération monstrueuse des rookies d'il y a deux ans, celle qui donna à la NBA LeBron James, Carmelo Anthony et bien sûr Dwyane Wade, on pouvait se demander à quoi ressemblerait un match de gala entre les nouveaux loups de la NBA (Bogut, Chris Paul, l'irrésistible Nate Robinson, Charlie Villanueva...mais aussi celui qui régna sur l'Europe du basket pendant trois ans à Barcelone puis au Maccabi Tel Aviv: Sarunas Jasikevicius) et leurs "aînés": Andre Iguodala, l'un des lieutenants d'Allen Iverson à Philadelphie, le monstrueux Dwight Howard, qui mesure en largeur ce que je mesure en hauteur, mais aussi Ben Gordon, Nocioni et Luol Deng de Chicago, TJ Ford...

On ne fut pas déçu du spectacle... à l'arrivée: 106-96 pour les Sophomores, bizutage réussi donc. Précisons que contrairement au match des superstars et aux matches habituels de NBA, la partie s'est disputée en 40 minutes, ce qui indique un excellent débit d'arrosage-scoring. La victoire des joueurs de deuxième année se dessina tranquillement, à grands coups de dunks violemment "pétés" par Iguodala, de trois points subrepticement marqués par le même Iguodala et Ben Gordon, le joueur de money-time de Chicago, et de ballons paumés par des rookies pourtant pétris de talent (7 passes à l'homme invisible rien que pour l'excellent et très académique meneur Chris Paul, presque compensées, d'ailleurs, par 5 interceptions!).

Signalons les coups de coeur de la soirée, qui furent en fait la confirmation de ce que les journaux nous disaient depuis un petit moment:

- Nate Robinson, des Knicks, est une petite boule de muscles montée sur ressorts, qui passe son temps à tchatcher, aussi actif qu'un Linehan quand il le veut. Je le pose d'emblée comme successeur, dans 15 ans, de Charles Barkley dans le rôle de commentateur chambreur à la télé américaine. Irrésistible. 13 points pour lui dans ce match, avec quelques petites finitions démentielles près du panier.

 

-Chris Paul: son avènement consacre, on le souhaite, le retour en NBA d'un certain académisme, non pas au sens d'une sclérose du jeu et d'une stéréotypisation des options offensives, mais au sens bien plus enthousiasmant d'un art du "bien-jouer", d'un sens de la passe et du juste choix. Canal + nous a gratifié d'un long reportage à la mi-temps sur Paul, qui a révélé les qualités de bosseur du garçon, et nous a montré, avec beaucoup de finesse, l'anxiété du joueur dans les jours qui précédèrent la Draft. Paul est un admirateur de Parker, d'ailleurs, et du premier pas ahurissant du meneur français. Autant dire que les années à venir devraient être celle du règne des grands meneurs de jeu et de l'intelligence, comme l'ont montré d'ailleurs les progrès nets depuis quelques années de Chauncey Billups, qui finira peut-être MVP de la saison régulière, et qui est passé du statut de shooteur looser à celui de patron de l'équipe la plus structurée et la plus forte de la ligue à l'heure actuelle. Mon coup de coeur de la soirée fut donc Chris Paul...

- Andrew Bogut: j'ai bien regardé ce joueur, et en fait il en ressort quelque chose de clair: ce mec a copié sa dégaine sur Laurent Foirest. Aucune originalité. Par contre, il a pondu tranquillement son petit double-double de la soirée (14 points et 11 rebonds), montré quelques bons mouvements et une mentalité de gagneur qui devrait le porter très, très haut dans les années à venir.

-Charlie Villanueva: 18 points, 12 rebonds: le rookie de Toronto a confirmé tout le bien que l'on pensait déjà de lui. Zéro poil, mais que de talent pour le jeune intérieur: une certaine adresse, de la combativité... à revoir.

- pour les sophomores, on a bien entendu apprécié l'adresse à trois points de Ben Gordon (17 points, à 7/11 dont 3/4 à trois points), la vitesse de Devin Harris de Dallas... et la performance physique et technique remarquable d'Andre Iguodala, qui semble profiter de ce all star week-end texan pour évacuer ses frustrations de club (il n'y est sans doute pas aussi dominateur que sa qualité pure pourrait pourtant le laisser espérer). En une phrase: Iguodala a fait 9/11 au dunk et 4/6 à trois-points. Il fut élu logiquement MVP (meilleur joueur à l'impact statistique de l'équipe victorieuse) de la rencontre, montra la puissance sauvage avec laquelle il est capable d'attaquer les cercles, mais aussi une adresse à trois points que l'on trouve pourtant assez rarement chez les dunkeurs fous.

Si l'on devait donc garder quelques enseignements de ce type de match, pourtant organisé par amour du spectacle (et de l'argent, ne soyons pas naïfs) par la NBA, on pourrait mentionner les habituelles qualités athlétiques des nouvelles générations de basketteurs, toujours mieux mises en avant par les télévisions, par un développement de la culture du dunk (exemple français de la Slam Nation, équipe itinérante de dunkeurs professionnels), mais aussi un retour des joueurs cérébraux, du beau jeu, de l'envie de faire jouer plus que de briller soi-même à tout prix. Le match des All-Stars est annoncé de longue date comme le show mondial de Kobe, qui voudra sans doute y briller comme jamais. Mais il faudra peut-être le plus grand de tous les solistes actuels, le "mamba", pour tenter de faire oublier, le temps d'une soirée, que la vraie puissance en NBA, aujourd'hui, est dans les mains des Pistons (4 joueurs de leur cinq majeur retenus pour le all star game!), et de meneurs formés à l'européenne, comme Parker ou son admirateur et frère spirituel dans le jeu Chris Paul...

(pour voir la tête des joueurs dont je viens de parler, je vous invite à vous reporter aux albums photos consacrés au basket sur le blog...)