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30.08.2007

Philip Ricci - Nouvel intérieur du Mans

    

Beau bestiau massif et très mobile, semblant doté d'un shoot plus que correct. Il aura la tâche de remplacer Eric Campbell... J'apprécie beaucoup l'alternance de séquences de déménagement charognard sous les panneaux et de séquences de shoot extérieur, parfois pris hors de rythme, "à vide"... 

28.08.2007

Juste pour le plaisir des yeux

               

Voilà. Juste pour le plaisir des yeux. Ray Allen, Kevin Garnett et Paul Pierce. 

L'extase vient

      

Paul Pierce                                                                                 Kevin Garnett

                                                

                                                 Ray Allen

 

Ce titre est emprunté au roman de Stéphane Beauverger, Les Noctivores, déjà évoqué ici-même. Pourquoi l’extase vient-elle ? En raison de ceci, lu aujourd’hui dans une dépêche de l’Equipe.fr :

Basket - NBA Garnett presque à Boston

mar 31 jui, 09h46

Pour l'agence américaine AP, le transfert de Kevin Garnett aux Boston Celtics n'est plus qu'une question d'heures. La grande majorité des médias américains, et notamment le très fiable site de ESPN, n'attend d'ailleurs que son officialisation (sauf surprise) pour supprimer les conditionnels qui peuplent les analyses déjà écrites sur cet échange qui devrait révolutionner la face de la NBA. Dernier signe qui ne trompe pas du sérieux de l'information et du buzz qu'elle déclenche : le site de la Ligue la met en Une, une exception pour un transfert non officiel.

Il faut dire que les Celtics réalisent un coup de génie en ne lâchant ni Paul Pierce, ni Ray Allen, afin d'acquérir l'ancien MVP en 2003-2004. Si le contenu du package peut encore évoluer, il devrait envoyer dans le Minnesota Al Jefferson (16 pts, 11 rbds), l'espoir Gerald Green, le décevant Sebastian Telfair et le vétéran Theo Ratiff. Pour les Wolves, le grand rajeunissement continue puisque Green et Jefferson s'ajoutent à Randy Foye et Corey Brewer, les deux derniers premiers tours de Draft de la franchise, ainsi qu'à d'autres anciens Celtics, Ricky Davis et Mark Blount.

A l'inverse, Boston mise tout sur le présent et devrait être le nouveau favori de la conférence Est. Rares sont en effet dans l'histoire les trios aussi prestigieux et rentables que celui composé d'Allen (26,4 pts, 4,5 rbds, 4,1 pds la saison dernière), Garnett (22,4 pts, 12,8 rbds, 4,1 pds) et Pierce (25 pts, 5,9 rbds, 4,1 pds), trois franchise players qui cumulent les saisons à plus de 20 points de moyenne et les sélections au All Star Game, dans les sélections américaines. Tous âgés de plus de 30 ans et sans titre à leur palmarès, ils ne devraient pas poser d'iunsurmontables problèmes d'ego pour l'entraîneur Glenn "Doc" Rivers. Même si après 12 années très souvent difficiles avec les Wolves, Garnett aura forcément la patience limitée. Comme Allen. Comme Pierce.

Travaillons nos fondamentaux (encore un peu de Ray Allen...)

                       

Ray Allen, ou: pourquoi j'ai aimé le basket ball

                            

 

                            

 

                            

 

                            

Apprenez à shooter avec Ray Allen et Systar

                                

                                    Toi aussi, grâce aux conseils du Systar, deviens un as du shoot...

 

Il convient, tous les pratiquants vous le diront, de perfectionner quotidiennement au basket ce que l’on appelle les « fondamentaux ». Série de gestes parfois très simples, mais dont l’exécution doit être parfaite, le grand défilé des fondamentaux : dribble, passe, protection de balle, lay-up (le ballon est déposé au plus près de l’arceau, le plus souvent par l’intermédiaire d’un rebond contre la planche), comprend une technique tout à fait fascinante dans son élégance toute académique, dans sa fluidité naturelle et dans l’architecture profonde du corps qu’elle exige : le shoot, ou tir lointain.

L’accès au panier étant souvent barré par un puissant adversaire aux bras tentaculairement déployés qui tentera de dévier la trajectoire de tir, il est souvent moins audacieux et plus prudent, pour l’attaquant naturel qu’est, que se doit d’être, tout authentique lecteur du Systar, de tenter le moins éreintant et plus calculé shoot lointain. En périphérie, derrière l’arc délimitant la surface de tirs à trois points, en déséquilibre, en réception-tir immédiat, après step back, les modalités d’exécution ne manqueront pas à l’apprenti-sniper.

Décortiquons à présent tous les éléments permettant la réalisation d’un bon shoot.

La bonne exécution du geste dépend intégralement de la préparation en amont : adoptons de manière privilégiée, et provisoirement, l’hypothèse que le shooteur va recevoir la balle que lui donnera un passeur. Avant même de recevoir la balle dans les mains, le shooteur doit préparer son corps : il faut s’orienter face au panier, le corps faisant face au panier. Les appuis doivent être soignés, au sol : on s’assure que les deux pieds sont sur une ligne parfaitement perpendiculaire à l’axe corps-panier, et qu’ils sont parfaitement parallèles entre eux. L’écartement des pieds correspond à la largeur des épaules du shooteur. Bien sûr, cet écartement est préconisé dans la mesure où il assure idéalement au shooteur une stabilité et un confort maxima, il peut bien sûr varier selon les dispositions morphologiques naturelles de chacun. Cette position des jambes permettra une impulsion verticale parfaitement équilibrée au moment du shoot dit « en suspension ». La photographie ci-dessous de Denzel Washington montre bien les avantages d’une excellente préparation au sol des appuis : le shooteur est propulsé en hauteur tout en maintenant son corps dans l’axe initial corps-panier.

                 

 Denzel Wahington fait sa séance de shoots pour garder la forme. Admirer la parfaite symétrie, l'équilibre du corps.

 

On sait qu’il existe, dans le shoot, deux paramètres de trajectoire à régler, principalement : la longueur du shoot (ce qui dépend de la force initiale et du type de trajectoire courbe privilégié), et sa précision horizontale. Comme les pratiquants le savent fort bien, les très mauvais shooteurs sont ceux qui ne parviennent pas à régler ce deuxième paramètre, cependant que le premier, au fond, n’est souvent qu’une question de forme physique et de souplesse du poignet shooteur, et se corrige assez aisément par quelques séances d’entraînement spécifique. La meilleure manière de régler la latéralisation gauche-droite du shoot consiste précisément à avoir, lors de l’exécution du shoot, une verticalité irréprochable. Si lors du shoot, le corps est légèrement projeté vers l’avant, en revanche le shooteur doit retomber sur ses pieds toujours dans l’axe initial corps-panier.

Nous l’avons dit : il s’agit d’apprendre à exécuter correctement la combinaison réception-tir immédiat. Les pieds étant préparés, il s’agit maintenant d’initier une dynamique fluide des membres : tandis que les bras  se plient, et que les mains s’écartent en forme de bol, doigts bien écartés au niveau du thorax et orientés vers l’extérieur, en position d’attente de la balle donc, les genoux fléchissent et l’on prépare l’explosion du saut, celui du fameux « jump shoot ». Autrement dit : lorsque l’on reçoit la balle dans les mains, idéalement au niveau du torse (évitez les passeurs bigleux qui vous enverront des cacahuètes dans les genoux, ou pire : dans les pieds, idéalement, sauf si vous vous appelez Kobe Bryant et que votre capacité de création de shoot en toutes situations est à peu près infinie), on s’apprête à déployer le corps et à accomplir d’un seul tenant l’ensemble du geste que l’on appelle shoot, exactement comme Ray Allen sur cette photographie extraite du mauvais film de Spike Lee, He Got Game.

             

              Trouve-toi un ami dévoué et bon passeur pour faire comme les deux messieurs sur la photo.

La dernière grande préparation, avant le geste proprement dit, concerne le placement des mains, qui déterminera très souvent la trajectoire et surtout les déviations latérales du ballon. Il faut le redire avec force : le shoot, au fond, ne nécessite qu’un bras shooteur principal, le second bras n’ayant qu’une fonction d’accompagnement et de correction initiale, mais il est voué à devenir inutile au fur et à mesure que le geste s’accomplit. C'est ce que Gilbert Arenas s’est employé à redémontrer lors d’un dernier rack d’anthologie au concours de shoots à trois points du dernier All Star Game américain, en tirant ses quatre ou cinq ballons d’une seule main, et en s’offrant le luxe de marquer le panier comptant double. Voyons sur une photographie plus classique de ce joueur (et d’Andy Roddick, ramasse-boules de luxe venu filer un coup de main) à quel point le bras shooteur fait l’essentiel de l’effort, tandis que le deuxième bras n’a plus qu’un rôle d’accompagnement et d’équilibre pour le corps du shooteur.

                              

                                Gilbert Arenas dans ses oeuvres, au All Star Game 07 de Las Vegas...

Cela implique que la main du bras shooteur soit placée sous le ballon, la main d’accompagnement étant placée sur le côté de la balle, dont elle se sépare assez rapidement lors de l’exécution du shoot. Les deux mains posées sur le ballon forment donc, l’une par rapport à l’autre, un angle droit quasi-parfait.

                             

Les deux mains sont à la perpendiculaire l'une de l'autre. Noter la taille de celles-ci chez Ray Allen...

                   

Même idée: une main shooteuse soutient le ballon, poignet cassé et paume orientée vers le ciel, tandis que la main non shooteuse, la main gauche dans ce cas précis, se place latéralement et exerce une faible correction de la trajectoire à son commencement.

 

Le bras shooteur ne s’intègre pas dans un axe tête du joueur – ballon –panier. C'est là la partie la moins intuitive du shoot, celle qui demande souvent la mise en place lente de réflexes de tir, puisqu’elle va contre l’envie naturelle de viser en plaçant la balle au niveau de la tête. Le problème est que, bien souvent, le ballon masque la cible, c'est-à-dire le panier, au moment même d’armer, ce qui est somme toute assez problématique. Pour remédier à cela, il existe certes la solution Nowitzki, qui consiste à avoir des bras tellement grands que le ballon ne masque pas la cible, puisque les bras le maintiennent bien au-dessus de la tête.

                             

                              Le grand Dirk, viking inspiré, shooteur de très grande classe.

Mais lorsqu’on mesure systariquement 40 centimètres de moins que le shooteur allemand, il est recommandé de maintenir le bras shooteur décalé par rapport à la tête, et de maintenir ce bras shooteur parfaitement vertical et de créer un axe épaule-coude-doigt viseur-ballon-panier le plus rectiligne possible.

Il faut alors s’efforcer de recevoir la balle en hauteur, et d’armer le plus haut possible, pour éviter le contre du défenseur adverse. Pour cela, on privilégiera, plutôt que le fait d’armer derrière la tête (comme Denzel Washington), la formation d’un angle droit entre le bras et l’avant-bras shooteurs, le bras ne descendant jamais plus bas que l’horizontale.

                      

         Un premier exemple de l'angle droit bras/avant-bras, perpendiculaire au moment où le shoot est armé.

                                               

                                        Un deuxième exemple, un peu plus poilu que le précédent.

Le geste de shoot comporte alors deux mouvements majeurs, tandis que l’on se propulse avec les jambes, qui doivent d’ailleurs assurer l’essentiel de la force d’inertie du ballon si le geste est bien synchronisé entre bras et jambes. L’avant-bras shooteur s’élève à la verticale – l’angle bras/avant-bras s’agrandit donc sensiblement jusqu’à devenir plat à la fin du geste – tandis que le poignet fouette légèrement jusqu’à former un angle droit avec l’avant-bras à mesure que le ballon quitte la main pour s’élever dans les airs. Le geste doit allier fluidité, relâchement et puissance. On doit en outre s’efforcer d’imposer au ballon par le doigt shooteur (souvent l’index, ou la combinaison de l’index et du majeur) la direction du panier avec la plus grande précision possible. La fin du geste, s’il est bien exécuté, sera gracieuse, aérienne, chorégraphique.

        

Ray Allen, en fin de shoot. Il est préconisé, afin d'éviter des trajectoires trop courtes, de maintenir en l'air quelques instants le bras shooteur. En effet, on a souvent tendance à abaisser celui-ci trop tôt avant que le geste ne soit achevé. C'est le phénomène dit du "petit bras"; il provoque des lancers beaucoup trop courts et le rire taquin des camarades de playground. Le fait de maintenir  artificiellement le bras en l'air permet inconsciemment de corriger cette vilaine tendance.

L’impulsion, la force du fouetté du poignet, la force du bras imprimeront au ballon une trajectoire particulière : on privilégiera les trajectoires les plus arrondies, plutôt que les trajectoires plates, pour des raisons d’efficacité et d’esthétisme pur.

La conjonction de ces différents détails techniques mènera le novice basketteur, à n’en pas douter, à l’adresse très rapidement, lorsque que quelques dizaines d’heures de shoots auront été accomplies et quelques milliers de shoots rentrés avec une belle régularité. Il pourra alors à sa guise varier le geste, y ajouter de nombreuses modalités (fade-away, step back, dribble de décalage avant la prise d’appuis…), fort de la maîtrise parfaite des fondamentaux qu’il n’aura pas manqué d’acquérir grâce à Ray Allen et à Systar.

                                          

Comme le montre clairement cette photographie, le shoot est un geste aérien, à la verticalité enthousiasmante. Le corps y est relâché, harmonieusement planant, bénéficiant de l’alliance parfaite du contrôle de soi et de l’explosivité naturelle de l’athlète. Le muscle est délié, confortable, à son aise, et le geste efficace. Le shoot incarne réellement le moment où l’athlète se fait artiste, où le ballon semble prendre vie, et où une éthique de la beauté du geste vient avantageusement suppléer une douteuse esthétique de la victoire à tout prix. Si de cela, Systar avait pu commencer, par cet article, à vous convaincre, sans doute la totalité de son existence sur Internet se trouverait-elle alors justifiée…

Gregor Beugnot et le "jeu sans annonce" - 2

                                              

Mamoutou Diarra (Elan Chalonnais)                                               Jermaine Guice (Elan Chalonnais)

Posons à titre d’hypothèse que l’idée avancée par Beugnot de ce jeu sans annonce provient peut-être d’un constat qu’il avait émis dans un précédent entretien accordé avec Basketnews (en dialogue avec Claude Bergeaud, si ma mémoire est bonne, ou bien avec Jacques Monclar peut-être...), constat selon lequel nombre d’Américains arrivant en France pour percer au niveau international manquaient parfois de la culture tactique la plus élémentaire : ils ignoraient, par exemple, qu’en situation de contre-attaque, le schéma orthodoxe commande au meneur de remonter la balle tandis que les ailiers courent dans les couloirs, tout simplement parce que c’est, dans la plupart des cas, le schéma qui permet de conclure par un panier marqué, malgré de possibles retours en défense adverses. Beugnot aura peut-être tiré les conséquences de ce constat : étant un entraîneur professionnel avant d’être un formateur spécifique, il devait non pas chercher à initier les joueurs tactiquement immatures à des notions que les autres mettent plusieurs années à bien assimiler, mais jouer sur la spontanéité brute et sans grande réflexion des premiers. Tel est peut-être le raisonnement qui a présidé au recrutement d’Everett, dont Beugnot dit sans fard :

« Si on revient un an en arrière, je ne l’aurais pas pris. C’est le prototype du joueur qui peut exploser dans notre jeu et dont on a besoin. Il a toutes les passes, et c’est rare. Il a la première passe lobée de contre-attaque, la passe tout-terrain tendue, la passe de fixation dans les petits espaces ;etc. C’était parfait pour nous d’avoir un joueur de provocation et d’espaces. Mais je ne suis pas persuadé que si tu mets Terrell [Everett] dans une équipe où le jeu est très structuré, très strict, il ait la même rentabilité. »

Il s’agissait donc d’exploiter à fond la spontanéité de certains, tout en les encadrant un minimum, d’une part par une hiérarchie entre joueurs au sein du groupe, et d’autre part en n’abandonnant pas non plus toute notion de structure dans le jeu, au contraire. Le groupe est constitué, pour Chalon, de trois vieux briscards rompus aux joutes de la Pro A : Guice, Best et Lear, de trois joueurs qui doivent confirmer leur niveau : Mamoutou Diarra, Laure et Everett, et de trois jeunes dont il importe d’achever la formation pour en faire des joueurs accomplis. Là encore jouera un facteur psychologique : le sentiment de progression des uns aidera l’ensemble du groupe à déployer son jeu, et en retour le jeu, souple et structuré à la fois, permettra l’épanouissement des qualités individuelles déjà décelées ou pressenties chez l’un ou l’autre. Cercle vertueux, s’il en est !

Beugnot revient ensuite, dans le fil de cette passionnante interview, sur l’origine de cette idée un peu folle de jeu sans annonces de systèmes. Il y avait une volonté d’éviter la lassitude par rapport à l’exécution de systèmes préétablis, donc d’augmenter tout simplement le plaisir de jouer, mais aussi d’augmenter l’intensité de jeu, en rendant chaque seconde du temps d’attaque plus dense et plus « pesante » :

« Il faut un jeu qui pèse depuis la première seconde, dès le rebond défensif, jusqu’à la vingt-quatrième seconde. »

Pour cela, Beugnot s’appuie sur deux éléments : la connaissance de quelques fondamentaux, de quelques « structures » minimales de jeu d’une part, et la lecture des systèmes de défense adverses. Le jeu offensif sera déterminé en fonction du système défensif adopté par l’adversaire : voilà où, intellectuellement, Beugnot me semble proprement génial : il renverse la notion d’imprévisible, en partant du constat simple que la position d’une défense est nécessairement antérieure de quelques fractions de seconde au commencement d’un mouvement d’attaque. L’attaquant peut donc décoder cette défense et proposer un mouvement offensif parfaitement adapté à cette défense, donc imprévisible pour le défenseur. Bien sûr, Beugnot mise ici sur une lecture de jeu à peu près parfaite de la part de ses joueurs, sur une réactivité, sur un sens du kairos particulièrement affûté. Il n’y aura plus exécution de plans globaux programmés à l’avance (car ces systèmes parfois échouent, et l’attaquant doit alors improviser dans l’urgence pour créer une situation de shoot à peu près propre : il perd alors l’initiative du jeu au profit de la défense), mais invention, en temps réel, de solutions circonstanciées.

J’ai parlé à l’instant de « structures », de fondamentaux. Il convient alors de bien distinguer, dans la démarche de Beugnot, les structures, des systèmes. Ce que Greg Beugnot appelle « structure », « jeu structuré », c’est très certainement un nombre conséquent de petits schémas fondamentaux bien plus simples que les systèmes, exécutables à deux ou trois joueurs (sans doute l’entraîneur de Chalon pense-t-il à des situations comme le pick and roll, ou encore le principe de fixation à l’intérieur puis transfert du ballon à l’extérieur vers un shooteur démarqué), et combinables à l’infini entre eux. Il convient donc de remarquer que Beugnot ne détruit pas toute notion de tactique, mais qu’il reprend à nouveaux frais les fondements mêmes de toute culture tactique dont le raffinement terminal produisait le jeu par systèmes. Puisqu’il est question, comme en musique, d’improvisation, d’invention en temps réel, celles-ci ne se font jamais ex nihilo, mais toujours à partir de grilles de jeu initialement déterminées, sur des mélodies connues et sur le vécu propre au joueur (de guitare ou de basket, la remarque vaut dans les deux cas !). Beugnot amorce ici les linéaments d’une synthèse tout à fait concevable entre le basket de club et le basket de playgrounds, ce dernier pouvant parfois mettre en oeuvre des systèmes d’écrans, de pick and rolls, de fixations relativement élaborés entre joueurs ayant une certaine expertise.

Beugnot, rappelant les difficultés initiales vécues lors de la mise en place du nouveau type de jeu, précise toutefois qu’il rajoute peu à peu certaines options dans le jeu. Après avoir travaillé l’esprit du jeu, il peut maintenant affiner son travail en recourant à des mixtes de jeu sans annonce et de jeu systématisé. La réussite de la méthode nouvelle adoptée à Chalon tient à la confiance que chaque joueur aura en lui-même et en sa propre capacité de lecture de la défense qui lui est proposée. Le facteur psychologique est primordial : l’attaquant doit avoir une grande confiance et se persuader qu’il conserve bien l’initiative, malgré le fait que c’est lui qui s’adapte à la défense le premier, et non l’inverse. C’est encore un facteur psychologique qui prime pour déstabiliser le défenseur : celui-ci doit avoir l’impression d’être face à un mouvement de jeu imprévisible, il doit avoir l’impression d’intervenir toujours déjà trop tard, comme à contre-temps, du fait même qu’il est privé de l’espèce d’anticipation qu’il peut habituellement avoir du mouvement d’attaque qu’il doit stopper. Le défenseur doit se sentir face à un déluge d’informations tactiques inédites, et son entraîneur ne saura pas plus que lui quoi faire : quand l’entraîneur de l’équipe qui défend comprend le type de jeu qui se met en place, il est déjà trop tard ; en outre, comme l’explique Beugnot, le principe d’adaptabilité offensive (appelons ainsi cette philosophie d’attaque par primauté accordée à la lecture de la défense adverse) oblige l’entraîneur adverse à un coaching désastreux du type : « Faites ça [en défense] mais, attention, puisque vous allez faire ça [ tel geste défensif], ils vont faire ça [nouvelle manière d’attaquer, en réponse à la nouvelle défense] », qui n’est rien d’autre qu’un cercle vicieux, d’un strict point de vue logique, et qui créera l’impression permanente, pour le défenseur, d’être en retard et non pas en avance, en anticipation par rapport à l’attaquant.

Imprévisible se dit, en langage basket « inscoutable », et tel est bien le jeu de Chalon, à en croire Beugnot et les coaches défaits qui ont eu l’honnêteté de lui confier leurs impressions :

« Certains nous répondent franchement que c’est inscoutable, que les joueurs ne sont pas prêts à recevoir autant d’informations en aussi peu de temps, etc. Tous les samedis on nous oppose des stratégies différentes [...] On peut arrêter certaines phases mais comme l’idée est d’agir en fonction de la défense adverse, on sait s’adapter. Le Havre, par exemple, a changé sur tous les écrans. Ça nous a embêtés vingt minutes et à la reprise, on a fait un gros écart. » La raison de fond est la suivante : on n’oppose pas de simple recette, de « truc », à un processus en perpétuelle création, en perpétuel fonctionnement. Et il n’est pas pensable de croire pouvoir s’adapter en retour à un processus d’adaptation, puisque, comme nous l’avons déjà dit, c’est la défense qui est première, est qui existe avant que l’attaque ne vienne s’affronter à elle (à moins de vouloir concéder des paniers faciles bien sûr, en défendant à la Bruno...). Bref, c’est l’adaptation elle-même qui donne le sentiment, paradoxalement, d’avoir l’initiative, c’est la secondarité qui semble primer.

Notons une dernière conséquence bénéfique pour les joueurs attaquant en suivant ce principe d’adaptabilité offensive, conséquence énoncée par Beugnot, et qui est, encore une fois, essentiellement psychologique :

« Quand un truc marche bien sur le terrain, il y a des regards vers le banc parce qu’ils sont contents de ne pas être dominés individuellement, et ce grâce au système. » [ici, « système » signifie ce que nous avons appelé le « principe » de Beugnot, cette création de jeu par adaptation à la défense proposée.]

L’avantage de cette méthode est d’abord psychologique, mais cet ascendant psychologique détermine l’ensemble du jeu, au final : il se crée un différentiel de confiance entre l’attaquant, pour qui augmente la confiance de soi puisqu’il n’a pas le sentiment de subir une défense individuellement, et le défenseur, qui a l’impression que la défense qu’il propose en retour est constamment en retard.

Le plaisir de lire cet interview était tout intellectuel, dois-je avouer finalement. Les risques de la méthode Beugnot de ce début de saison sont énormes : risque qu’un coach meilleur que d’autres parviennent à trouver quelques clés, ou bien « la » parade, risque qu’une blessure vienne troubler l’harmonie et la complémentarité des joueurs, risque que le différentiel psychologique entre attaquant et défenseur ne soit pas si efficient que cela dans le cours du jeu, etc. Mais quelle ingéniosité de la part de l’entraîneur de Chalon ! Quel culot ! Bien sûr, il est le premier à reconnaître que cette méthode ne représente pas forcément l’arme absolue pour les prochaines années, qu’elle peut faillir par moments. Mais pourquoi ne la retrouverait-on pas dans les années à venir, en alternance avec du jeu de systèmes, sur quelques séquences de jeu, face à des défenseurs spécifiques, un peu comme, symétriquement, la défense de zone, qui permet de soulager les défenseurs face à des talents individuels offensifs trop forts, en prenant le risque de laisser des shoots extérieurs ouverts à l’attaque adverse, est appliquée sur de courts segments de jeu, plus rarement sur des matches entiers ? Laissons le dernier mot, un mot résolument optimiste et qui réaffirme que le basket est un sport d’intelligence (tautologie !), à Gregor Beugnot lui-même :

« Et tant qu’on aura l’intelligence de respecter la lecture de jeu et, surtout, de ne pas être robotisés, on trouvera des solutions. »

Gregor Beugnot et le "jeu sans annonce" - 1

                                                

 

Dans l’excellent hebdomadaire Basketnews figure cette semaine une interview de Gregor Beugnot qui n’a pas manqué d’attirer mon attention. Plus le temps passe, plus l’attrait que je porte au basket se déporte sur certaines caractéristiques spécifiques à ce sport : l’adresse, la quête du geste parfait, c’est-à-dire totalement efficace, et la culture tactique en situation de 5 contre 5 sur un terrain de dimensions relativement modestes. Intelligence de jeu et excellence technique sont, plus que l’aspect athlétique de ce sport, les dimensions qui m’ont toujours paru les plus attrayantes. Or il se trouve que l’interview de l’entraîneur de Chalon, actuel leader de Pro A avec Roanne, manifeste particulièrement bien la première de ces qualités. Et pour cause, passant peu à peu, au fil de l’interview, des généralités les plus répandues sur la pratique du basket actuel (les Ricains sont des ânes sur le plan tactique, les petites équipes battent les grosses, en ce moment, etc.) à des précisions sur la philosophie d’ensemble qu’il entend déployer avec son équipe, Beugnot explique qu’il a mis en place un jeu « sans annonce de systèmes »...

Comme nous l’avions déjà évoqué, le basket se pratique très souvent à l’aide de systèmes, qui sont des plans de jeu prévoyant les mouvements des joueurs, et un jeu de passes permettant, au terme de son exécution, de trouver une position d’où il sera facile de tirer pour marquer. Il s’agit d’éliminer les défenseurs adverses par la vitesse, le déplacement (des joueurs, mais aussi et surtout de la balle) et la tactique, afin qu’un joueur se retrouve, au final, démarqué, « ouvert », pour déclencher un tir. Si l’on parle de « système », c’est en raison de la complexité et de la cohérence organique que l’ensemble présente. Le jeu par systèmes nous laissait finalement penser que le joueur qui participait à son exécution, jouait au basket tout en étant lui-même joué par un ensemble supra-individuel. Subtile modulation entre la pensée inconsciente, en fait pré-déterminée par l’entraîneur, d’un collectif d’une part, et les qualités individuelles de chaque joueur d’autre part, le jeu par systèmes nous avait paru illustrer parfaitement ce que Gadamer disait du jeu dans Vérité et Méthode.

Concrètement, cela signifiait que chaque équipe disposait d’un certain nombre de systèmes, élaborés par l’entraîneur et mis en place lors des entraînements, et que chaque attaque menée par une équipe pouvait débuter par une « annonce » de système, lorsque le meneur fait signe à ses quatre acolytes, par un chiffre prononcé ou un geste précis, que tel ou tel des systèmes supposés connus de tous les joueurs, sera utilisé lors de la phase d’attaque de 24 secondes.

Le petit jeu auquel se livreront alors entre eux des entraîneurs rivaux sera de se renseigner, par l’obtention de vidéos par exemple, sur les systèmes employés par les équipes qui seront affrontées lors des matches à venir. Cela implique également d’analyser les qualités et les défauts des joueurs adverses, de repérer les préférences des uns pour anticiper sur leurs choix de jeu (par exemple : savoir qu’un joueur qui attaque le panier préfère dribbler sur sa main gauche et donc attaquera par la gauche le plus souvent), ou les faiblesses des autres, pour pouvoir exploiter ces failles (laisser libre à trois points un mauvais shooteur de loin, pour se concentrer sur un autre joueur plus menaçant, en « venant en aide » en défense). C’est ce que l’on appelle le « scouting ». Loin d’asphyxier le jeu, cette pratique de renseignement et d’anticipation permet au contraire de le pousser à innover en permanence, à adopter de nouveaux systèmes, sans se contenter d’appliquer des « recettes » invariables et stéréotypées. Elle permet le raffinement du jeu, lorsqu’elle est habilement pratiquée, et peut donner lieu à des guerres tactiques entre coaches lors d’un match, ne serait-ce que dans le choix des cinq hommes qui commencent le match, et plus encore dans celui des cinq joueurs qui finiront la partie.

Ces systèmes permettent, dans l’absolu, de faire jouer l’équipe quelle que soit la composition du cinq aligné sur le terrain. Ils présupposent une certaine interchangeabilité, une substituabilité des joueurs, pour peu que les talents entre hommes du cinq majeur (qui n’est pas toujours, dans les faits, celui qui commence les matches, mais plutôt celui qui les finit) et hommes jouant en sortie de banc ne soient pas trop inégaux entre eux.

C’est tout le contraire de ces traits généraux du basket moderne que Greg Beugnot a mis en place depuis le début de saison avec Chalon. Au jeu avec annonce de systèmes, Beugnot préfère un jeu structuré, mais n’engageant pas de schéma global systémique préétabli lors de chaque phase d’attaque. A cette relative interchangeabilité des joueurs, au principe d’homogénéité des compétences, Beugnot préfère parier sur la complémentarité des profils de joueurs. Avec Beugnot, les joueurs n’obéissent pas aux systèmes, ils les créent en temps réel. Non pas exécution, mais invention. Voyons dans le détail des réponses données par Greg Beugnot à Fabien Friconnet, journaliste de Basketnews, en quoi ces choix en apparence suicidaires se retrouvent payants et pourraient bien continuer de l’être pour encore quelque temps. En d’autres termes, montrons que Beugnot, en prenant les risques qu’il prend, est au moins astucieux, sinon génial...

Première singularité notable dans la manière d’appréhender le coaching : Beugnot a bâti un jeu cohérent par rapport aux qualités des joueurs, ayant par ailleurs choisis ceux-ci en raison de leurs aptitudes spécifiques dans tel ou tel secteur du jeu : Jermaine Guice pour le scoring et la mène, ou encore Geoff Lear et Mohamed Koné en raison de la complémentarité des deux joueurs dans le secteur intérieur, par exemples. Ce sont les individus dotés de certaines qualités spécifiques qui vont eux-mêmes dicter ou non l’adoption de la manière de jouer. Ceci constitue une réponse située à égale distance de deux excès commis, d’ailleurs, dans les mêmes équipes, parfois. On se souvient du ridicule consommé dont avait preuve le staff de Dallas en tendant à Antoine Rigaudeau, il y a quelques années, un livre de plusieurs centaines de pages contenant tous les systèmes prétendûment employés par Dallas, et en demandant au joueur de l’assimiler pour pouvoir jouer. La démarche était doublement sotte : on était encore dans l’époque du Dallas run and gun, au fonctionnement fort peu systémique, et tout entier bâti sur l’association de Nowitzki et de Nash, d’une part, et d’autre part Dallas n’a jamais su utiliser les qualités naturelles de shooteur de Rigaudeau. Le joueur, utilisé à contre-emploi, aurait dû assimiler des systèmes dont les faits réfutaient chaque soir ou presque la pertinence et l’utilité. Il eût mieux valu reconnaître clairement qu’il y avait eu une erreur de recrutement, pour éviter de sombrer dans une situation aussi grotesque et aussi peu respectueuse du « Roi »...

Beugnot énonce ensuite les grands principes de sa philosophie du jeu : cohésion, hiérarchie, et dynamique, autrement dit : organicité, organisation et fluidité dans les relations entre joueurs sur le terrain. Et Beugnot d’enchaîner sur le constat, saisissant, que « Tout le monde se plaît à jouer comme ça. Ils sont heureux de venir bosser dur tous les jours. » Nous le verrons plus loin, cette notion de plaisir, c’est-à-dire de vécu psychologique agréable dans le jeu, est à la fois l’une des conséquences et l’un des nerfs du type de jeu inauguré par le Chalon version 2006-2007. Le plaisir retrouvé, la fin de l’ennui : tel était le souhait de Beugnot pour ce nouvel exercice. Il fallait casser la monotonie, synonyme aussi d’une dangereuse prévisibilité. Au fond, on pourrait dire que Beugnot restitue au jeu sa dimension événementielle, c’est-à-dire cette impression qu’à chaque instant il se passe ou il peut se passer quelque chose de totalement nouveau. Plus précisément encore, Beugnot veut donner à l’adversaire le sentiment qu’il lui arrive quelque chose d’inattendu, et donc le déstabiliser à terme. Il s’agit de donner l’impression que l’équipe pourrait à l’infini improviser des manières de jouer nouvelles, de donner au spectateur, voire au joueur attaquant lui-même, le sentiment qu’une improvisation infinie est, au moins en droit, possible.

Cette façon de fonctionner, confie Beugnot, optimise le rendement de chaque joueur :

« Si ce nouveau jeu marche, les potentiels seront obligatoirement utilisés au maximum. » Chaque qualité, ciblée dès le recrutement chez les joueurs (rebonds, adresse lointaine, qualité de passe, drive, puissance physique...), sera parfaitement déployée du fait que l’équipe a été bâtie sur un principe de complémentarité entre les joueurs. Il est évident que ce principe de complémentarité intègre assez mal les éventualités de blessures de joueurs, pourtant fréquentes en Pro A : chaque joueur trouvant une place essentielle et n’étant pas remplaçable dans sa spécificité, il manquera cruellement à l’équipe s’il se blesse. La rotation obligera l’entraîneur à penser un nouveau type de complémentarité, toujours sans annonce de systèmes. Et la méthode Beugnot 2006 est au fond une prise de risques maximale, une manière de jouer et de gérer un effectif professionnel « sans filet ».

Mondial Basket 2006: Liban 74 - France 73

 

Depuis samedi a lieu au Japon le championnat du monde de Basketball 2006. Il réunit, dans des salles nippones incroyablement vides et silencieuses, la quasi-totalité des meilleures équipes de basket au monde, parmi lesquelles l'Argentine, championne olympique en titre, les Etats-Unis, surprenants d'application et de rigueur défensive lors des premiers matches de cette édition, la Grèce et bien d'autres. La France devait affronter en poule cinq équipes aux profils très divers: l'Argentine et son jeu léché, rapide, magnifique, transfiguré lors du premier match de la France par la patte d'Emmanuel Ginobili (80-70 pour l'Argentine au final), la Serbie, franchement décevante et incapable de présenter sur le parquet son bataillon de superstars, si ce n'est Igor Rakocevic, irréprochable depuis le début de la compétition, et Darko Milicic, le Nigéria, véritable machine musculaire à lutter sous les paniers, menée par Ime Udoka, et enfin les soi-disants petits poucets du groupe: le Liban et le Vénézuela. Le Liban a connu une préparation chaotique, cet été. Obligée de partir s'entraîner en Jordanie, cette équipe de joueurs talentueux jouant, pour la plupart, dans le championnat libanais, passait parfois plus de temps à se renseigner sur les familles des joueurs et l'état du pays soumis aux bombardements intenses de Tsahal, qu'à s'entraîner sur les parquets. Hier, les libanais, après avoir gagné contre le Venezuela puis lourdement perdu contre l'Argentine et la Serbie, avaient préféré annuler une séance d'entraînement pour faire du shopping. C'était jeter l'éponge avant même d'être monté sur le ring, et c'était aussi, de la part des joueurs du pays du Cèdre, sous-estimer leur propre niveau de jeu, et les faiblesses françaises...

 

Il y avait depuis le début de ce Mondial beaucoup de présomption dans le camp tricolore. Il semblait acquis pour tout le monde qu'après une fort honorable défaite tricolore contre les Argentins, réputés « imprenables » (mais j'attends encore de voir les hommes de Ginobili face à une équipe américaine bien meilleure que lors des dernières compétitions internationales), et un match difficile contre la Serbie, la France déroulerait son jeu, sa puissance physique et triompherait sans souci du Nigéria et du Liban. La situation s'est révélée bien plus compliquée, dans les faits. Il a fallu un nombre incalculable de paniers près du cercle manqués par les Nigérians pour que la France gagne avec un matelas apparemment confortable d'une dizaine de points. La faillite de nos shooteurs, à l'exception peut-être de Mamoutou Diarra, adroit et très présent, malgré son rappel en catastrophe dans l'équipe (après la blessure de Tony Parker, Diarra a été invité à repartir de Chalon pour retrouver les salles nipponnes), cette faillite semble délicate à corriger. Foirest ne retrouve pas la petite sensation qui différencie le tir réussi du simple shoot approximatif, Gomis tarde à se mettre en route, et Gelabale est encore inconstant.

Ces jours derniers, les joueurs du Liban étaient tellement heureux de jouer contre la France qu'ils ont demandé aux joueurs tricolores des autographes et ont pris des photos avec eux. De plus en plus, une fausse note s'entendait, toujours plus discordante, qui allait précipiter le jeu des Bleus dans la plus stridente des cacophonies.

 

medium_el-khatib.jpgSi la France débute très correctement son match, grâce à la présence de Fredéric Weis au rebond et au scoring, les faiblesses ne tardent pas à être entrevues: la France laisse Fadi El-Khatib marquer des paniers de raccroc, le Liban est opportuniste et parvient, malgré le déficit physique affiché face aux Bleus, à exister dans le match. Les shooteurs bleus déjouent (3/24 au total dans le match, à trois points), et l'activité de Florent Piétrus, exceptionnel au milieu de ses partenaires médiocres, ne suffit guère à revenir au score. A la mi-temps, l'addition est lourde: 43-30 pour l'équipe du tigre du Liban, El-Khatib. Vogel, Samaha, Fahed, Beshara Feghali complètent, au rebond et au score, l'activité incessante de leur coéquipier emblématique. Cet El-Khatib, déjà auteur de 35 points contre le Vénézuela lors de la première victoire libanaise dans ce Mondial, est un seigneur. Il tente tout, suit ses ballons, utilise sa phénoménale puissance pour aller enfoncer les intérieurs français, marque sous le panier, shoote, ne tremble pas aux lancers-francs (8/9 sur l'ensemble du match). Pour tout dire: il fascine. Ce n'est finalement pas à tort qu'on l'a proclamé deuxième meilleur joueur d'Asie, juste derrière un certain... Yao Ming, et il n'est pas étonnant qu'El-Khatib ait été drafté en NBA, même s'il n'y est pas (encore?) allé.

En deuxième mi-temps, ce n'est que par intermittences, et toujours dans le sillage de Florent Piétrus, réellement excellent, que la France fait parler son potentiel physique, se perdant, le reste du temps, dans des options de tirs lointains. Si les tirs étaient bel et bien ouverts, était-il néanmoins raisonnable de continuer à arroser ainsi, espérant que, par miracle, l'adresse de Laurent Foirest reviendrait? Le décalage de Diaw à l'aile n'a pas non plus semblé probant, puisque cela a mené le joueur de Phénix, d'habitude plus que convaincant dans un rôle d'ailier-fort, à prendre des shoots à trois points qu'il n'a pas convertis en paniers.

Les Libanais subissent, mais tiennent bon, grâce aux lancers-francs, quelques paniers à trois points et finitions près du cercle permettant de rester dans le match. Ce n'est que très tard dans le quatrième quart temps que la France mène à nouveau au score, mais elle laisse coupablement El-Khatib, intenable, continuer à provoquer et à marquer. Le tigre de Beyrouth produit beaucoup de jeu, medium_Fadi_El-Khatib.jpgil a du déchet, mais le pari de la carte blanche qui lui est laissée finira par payer.

À la 39ème minute du match, Diaw prend le match en main et marque quatre points; la France égalise à 68 partout. Mais le Liban ne peut plus perdre, et score à trois points. Après quatre-lancers francs des Bleus, c'est l'intérieur Joseph Vogel, sorte de Matt Geiger libanais, qui marque et obtient un lancer de bonification. Un ultime tir à trois-points de Laurent Foirest n'y change rien, et il faut alors bel et bien admettre que le cataclysme a eu lieu: le Liban l'emporte sur la France 74-73...

 

Félicitations aux joueurs libanais, voilà ce que tout le monde a envie de dire, en délaissant notre habituel chauvinisme. Et félicitations à ce diable d'El-Khatib, qui a subi la défense de nos meilleurs chiens de garde (Gelabale, Mickaël Piétrus), mais est parvenu à produire une énorme prestation offensive – 29 points au total. Il semble que le Liban soit encore une fois une bénédiction pour la France. Car n'ayons pas peur de le dire: si cette équipe de France est réellement moins forte qu'on ne le pensait, c'est peut-être une bonne chose que ce soient nos amis libanais, et non pas par exemple les Etats-Unis ou le cauchemar grec, qui nous le montrent dans le jeu. Et si la France, dans l'hypothèse contraire, a encore de belles choses à réaliser dans ce championnat du monde, c'est la traversée d'une épreuve comme cette défaite qui permettra au groupe de se souder et d'emmagasiner ce fameux « vécu » qu'on ne cesse d'exiger des joueurs sans toujours leur donner le temps de l'acquérir, ni le reconnaître quand il est bien là (ainsi de ces journalistes qui ont pu dire que Belgrade 2005 est un « début » de vécu commun pour le groupe... j'y voyais déjà, pour ma part, une forme d'accomplissement).

Je vous dispenserai, pour finir, des corrélations entre sport et politique que l'on s'empressera de signaler à propos de ce match, et je préfère saluer l'orgueil de ces hommes libanais, et leur talent, étant bien convaincu qu'un tel match n'aurait jamais pu être gagné par les Libanais s'ils n'avaient montré, outre leur coeur immense, leur technique et leur culture tactique.

 

Les marqueurs de la rencontre:

LIBAN: Fahed: 10 pts; Abdel-Nour: 2 pts; El-Khatib: 29 pts; Beshara-Feghali: 11 pts; Vogel: 9 pts; Tawbe 2 pts; Samaha 7 pts.

FRANCE: Bokolo 3 pts; Gelabale 8 pts; Diaw 13 pts; F. Pietrus: 13 pts; Weis: 10 pts; Gomis: 8 pts; M. Pietrus: 2 pts; Diarra: 8 pts; Foirest: 8 pts; Petro: 2 pts.

NBA Finals 2006: Dallas - Miami

Et voilà, la course aux NBA Finals est terminée. Nous avons assisté à des playoffs très ouverts, très spectaculaires, n'en déplaise à un ou deux bords... Bref, nous nous sommes régalés, et le plus beau, c'est que ce n'est pas fini. La saison se joue désormais entre deux équipes qui n'ont jamais disputé la moindre Finale NBA, Miami et Dallas.


Les premiers sont venus à bout de la meilleure équipe du championnat (statistiquement parlant, c'est-à-dire presque pour du beurre), les Detroit Pistons, qui avaient leur place réservée en finale depuis trois ans. Le Heat est parvenu à hausser son niveau de jeu au-dessus de celui des Wallace and Co., ce qui n'est pas peu dire. On n'en attendait pas moins de joueurs tels qu'Alonzo Mourning, Shaquille O'Neal (qui dispute les NBA Finals avec sa troisième équipe, après le Magic d'Orlando et les Lakers) et surtout le "Flash", non pas Gordon, mais Wade. Dwyane Wade est un joueur du genre de ceux, plutôt rares – on peut citer Kobe Bryant, LeBron James, Michael Jordan, pour les plus récents – à faire bondir le paisible téléspectateur du fauteuil où il se prélassait, voire à le faire réveiller toute la maisonnée par ses glapissements incontrôlés. Et je plaisante à peine. Miami a fait étalage de ses ressources face à Detroit, notamment lors du match 6, remporté malgré la « grippe » inopinée de Wade, auteur tout de même de 14 points et de 10 passes décisives. Shaquille O’Neal a mené le Heat à la victoire avec 28 points (12 sur 14 au shoot) et 16 rebonds, tandis que Jason Williams a été décisif (21 points à 10 sur 12 au shoot, 6 passes décisives) en suppléant le manque d’adresse du Flash. Allez, Bruno, je te l’accorde, j’ai été mauvaise langue ; mais qui pouvait prévoir que le Heat se trouverait enfin un jeu équilibré au moment des playoffs ? Sans doute ceux qui, doués d’une lucidité supérieure, comme Mr. B., savaient que des joueurs comme Shaq et Wade n’allaient certainement pas se laisser abattre pour si peu (quelques frasques de Payton, quelques erreurs lamentables de Walker…).

Toujours est-il que les Floridiens vont avoir fort à faire demain, sur le parquet des Dallas Mavericks, tombeurs des Spurs en demi-finale de conférence, ce qui n’est pas non plus peu dire. Les Mavericks, derrière le Teuton Dirk Nowitzki, le Ricain Jason Terry, Jerry Stackhouse et surtout le Coach de l’année, Avery Johnson, ont fait montre d’excellentes qualités défensives et offensives tout au long de ces playoffs. Dirk Nowitzki, après lequel les commentateurs américains ont pris la fâcheuse habitude de crier quelque chose comme « Dirkedirkedirkedirke ! », risque de poser quelques problèmes à la défense du Heat, comme à beaucoup d’autres d’ailleurs : c’est un des rares joueurs de plus de 2,10 mètres dotés à la fois des qualités physiques requises pour peser dans la raquette, d’un excellent shoot longue distance (il a remporté cette saison le concours de shoot à trois points) et d’une grande mobilité. Il est capable, même si O’Neal et Mourning verrouillent efficacement la raquette, d’inscrire tous ses points sur des shoots extérieurs.


Pour ma part, comme je l’ai déjà dit, j’aimerais voir Dwyane Wade brandir ce trophée qu’il mérite amplement ; mais d’un autre côté, si Dallas s’impose, je n’irai pas cracher dans la soupe. Ces playoffs auront été, à tous points de vue, absolument « épatants » (pour parler comme les rédacteurs du regretté Journal de Spirou). Rogntidjû !

George.

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